Les relations Franco-Américaines de 1789 à 1969

1850-1878

Cette période est dominée par la terrible "Guerre de Sécession" qui ensanglanta les Etats-Unis de 1861 à 1865 et qui devait entraîner la mort de 700 000 hommes environ, soit 2 % de la population totale (1).

Les causes de cette guerre furent multiples, et elles étaient déjà inscrites en filigrane dans la Déclaration d'Indépendance de Jefferson du 4 Juillet 1776, et dans la Constitution des Etats-Unis de 1787. Nous en citerons les trois principales :

  1. L'intention des Etats du Nord de poursuivre la suppression plus ou moins rapidement de l'esclavage.

  2. Le maintien des droits protecteurs de l'industrie nationale frappant les produits européens au moment de leur importation dans les ports du Sud, au bénéfice de l'industrie des Etats du Nord.

  3. Des rivalités politiques fondées sur la crainte éprouvée par les hommes du Sud, en majorité démocrates, de voir le pouvoir fédéral confié à leurs adversaires du Nord. Longtemps ils l'avaient exercé à leur profit, mais ils sentaient ce pouvoir leur échapper , ils cherchaient en vain à le retenir, et cette prétention était prépondérante puisque ce fut l'élection de M. LINCOLN, républicain (1860), qui devint le signal de l'insurrection.

    Face à ce conflit intérieur américain, quelle était la position du gouvernement impérial ?

    Celle-ci est concrétisée par la Déclaration du 10 Juin 1861, dont nous donnons ici l'essentiel.

    1. "Maintenir une stricte neutralité dans la lutte engagée entre le gouvernement de l'Union et les Etats qui prétendent former une Confédération particulières"

    2. "Reconnaître le caractère de belligérants aussi bien aux Etats du Sud qu'aux Etats du Nord".

    3. Interdiction faite à "tout Français, résidant en France ou à l'étranger, de s'enrôler ou de prendre du service soit dans l'armée de terre, soit à bord des bâtiments de guerre ou corsaires de l'un ou l'autre des belligérants".

    Malgré cette position de "stricte neutralité", l'entourage de l'Empereur et Napoléon III lui-même éprouvaient une sympathie assez marquée pour les Confédérés, non seulement pour des raisons économiques (le coton), mais aussi pour des raisons politiques, estimant que, en cas de victoire du Sud, la France aurait les mains libres au Mexique, ce en quoi ils se trompaient lourdement.

    Malgré l'interdiction impériale de prendre du service aussi bien dans l'Armée de l'Union que dans l'Armée Confédérée, de nombreux Français combattirent dans les deux camps.

    Si l'on prend les statistiques de 1860, 53 989 Français résidaient alors aux Etats-Unis, dont 35 819 dans le Nord, dont 12 519 dans le New-York, 18 170 dans le Sud, dont 11 522 en Louisiane, pour la très grande majorité célibataires, ou mariés avec des Américaines.

    En extrapolant quelques chiffres connus, comme les effectifs du 55e Régiment du New-York, on peut estimer qu'environ 40 % combattirent dans le Nord, soit environ 14 000, et 70 % environ dans le Sud, soit environ 12 000, ce qui fait un chiffre total voisin de 26 000 combattants.

    On peut citer les plus célèbres :

    1. Dans le Nord, le Général de TROBRIAND qui commanda le 55e Régiment de New-York, baptisé "Gardes La Fayette", composé en grande partie de volontaires français, combattit pendant quatre ans à l'Armée du POTOMAC, et termina la guerre comme Major Général.

    Les Princes d'Orléans, le Comte de Paris et le Duc de Chartres, qui servirent à l'Armée du Potomac comme Capitaines aides-de-camp du Général Mac Clellan, et leur oncle, l'Amiral Prince de Joinville qui, à titre personnel, servit de conseiller au Général Mac Clellan qui le tenait en haute estime.

    2. Dans le Sud, le Général Camille de POLIGNAC, fils du ministre de Charles X qui se rendit célèbre, le 8 Avril 1864, en remportant la victoire de Mansfield en Louisiane, et qui termina la guerre comme Major-Général de l'Armée Confédérée qui le baptisa le "La Fayette du Sud"...

    Bref, les Français qui ont pris position dans cette rude guerre, quel que soit le camp choisi, l'ont fait parce qu'ils étaient fidèles à l'amitié franco-américaine née sur les champs de bataille de Virginie et de Yorktown, quatre-vingts ans plus tôt.

    Dans la crise la plus grave qu'aient connue les Etats-Unis depuis le début de leur histoire, la France a montré qu'elle n'était pas indifférente, et c'est cela l'essentiel.

    Onze ans après la fin du conflit, le 10 Mai 1876, la "torche de la Liberté" qui devait faire partie de la Statue de la Liberté de Bartoldi fut exposée à l'Exposition Universelle de Philadelphie.


    (1) A titre de comparaison : en 1914-1918, il y eut en France 1 193 000 tués, soit 3 67o de la population totale.


    1890-1918